
Assemblée générale de Belplant 2026
La lutte biologique en agriculture intégrée : un complément indispensable à la boîte à outils des agriculteurs.
L'agriculture ne reste pas immobile. Les nouvelles techniques se succèdent à un rythme effréné : des semences améliorées et de la biotechnologie verte à l'agriculture de précision et aux outils numériques. Un objectif reste central : aider les agriculteurs à maintenir leurs cultures saines et rentables. Mais dans le même temps, la boîte à outils européenne se réduit. Comment la réapprovisionner ?
Au cours de l'Assemblée générale de Belplant, l'accent a été mis sur la lutte biologique en tant qu'élément indispensable de l'agriculture intégrée. Dans le cadre magnifique du château de Rozelaar à Lochristi, le secteur, la recherche et les décideurs politiques se sont réunis pour une après-midi riche en inspiration et en débats.
De l'innovation à la pratique
L'après-midi a débuté d’une excellente façon, au Bio Base Europe Pilot Plant, où nous avons bénéficié d'une visite guidée de cette installation pilote unique en son genre, dédiée au développement de procédés, à la mise à l'échelle et à la production sur mesure de produits bio-sourcés innovants.
La présidente de Belplant, Valerie Frankard, a ouvert la soirée : « Une intégration réussie des moyens de lutte biologique nécessite une formation, des connaissances, une expérience pratique et des agriculteurs capables de s’adapter à ce changement. Il est donc important que nous continuions à collaborer et à communiquer avec les différents partenaires de la chaîne afin que tout le monde adhère à cette méthode de travail encourageante. »
Le professeur Philippe Jacques (Gembloux Agro-Bio Tech - Université de Liège) nous a donné un aperçu passionnant du monde de la lutte biologique. Même s’il existe des définitions différentes mais similaires, il s’agit de plateformes de haute technologie telles que les souches microbiennes, la technologie de fermentation et les applications basées sur l’ARN. En Wallonie, les projets Digibiocontrol et Biocontrol 4.0 donnent un coup de pouce à la collaboration entre les pouvoirs publics, les entreprises et le monde agricole dans ce domaine.
Le débat : « La technologie va plus vite que la réglementation »
La réalité est claire : au cours des six dernières années, les agriculteurs européens ont perdu au total 89 substances actives, souvent sans alternative valable. Dans le même temps, Belplant et ses membres investissent massivement : plus de la moitié du budget de recherche est consacrée à la lutte biologique et au soutien numérique.
Mais comment mettre ces innovations en œuvre plus rapidement sur le terrain ? Pendant le débat, quatre experts ont partagé leur point de vue sur les principaux obstacles.
Eva Van Hende (Biotalys) constate un vif intérêt des pouvoirs publics pour la lutte biologique. Cependant, les délais incertains et les longues procédures d’autorisation, qui durent de 7 à 10 ans, posent un problème. La biotechnologie évolue à une vitesse fulgurante et, d'ici là, les agents de lutte biologique autorisés seront déjà obsolètes ! Le monde politique a donc un rôle important à jouer : selon elle, il est essentiel que la réglementation s'adapte plus rapidement aux progrès technologiques.
Lieve Herman (ILVO) met l'accent sur la pratique : un produit qui fonctionne en laboratoire ou en serre doit également être fiable sur le terrain. Cela nécessite des connaissances supplémentaires en matière de techniques d'application, telles que les techniques de pulvérisation et la formulation. En outre, les questions de sécurité restent importantes, par exemple concernant le comportement des micro-organismes dans les cultures et l'alimentation. La recherche et la formation restent donc indispensables.
Hendrik Waegeman (Bio Base Europe Pilot Plant) attire l’attention sur le climat d’investissement : les agents de lutte biologique ont un grand potentiel et deviennent de plus en plus spécifiques et efficaces. Mais les longues procédures d’autorisation freinent les investissements. Si cela prend trop de temps, les entreprises se désengagent ou se tournent vers d’autres régions. Selon lui, des évaluations plus rapides sont cruciales pour maintenir l’innovation ici.
Bart Dochy (Parlement flamand) aborde la question sous l'angle de la politique et des pratiques agricoles : la transition vers davantage de lutte biologique doit être réalisable et progressive. Les agriculteurs ont besoin de moyens qui fonctionnent et qui soient rentables sur le plan économique. Le risque ne doit pas leur incomber. C'est pourquoi des règles claires, de bonnes alternatives et la formation sont essentielles, notamment dans le cadre d'initiatives telles que le plan pour l'eau potable.
Une conclusion claire
Les nouvelles applications biotechnologiques sont en marche, mais elles peinent souvent à atteindre le marché européen. Le secteur reste néanmoins optimiste. Le Food and Feed Omnibus, le projet de proposition de la Commission européenne visant à simplifier la législation en matière de sécurité alimentaire et d’aliments pour animaux dans l’UE et à réduire les charges administratives, offre une opportunité importante. Mais l'UE et les États membres doivent saisir cette opportunité. Les membres du panel étaient d'accord : il ne faut pas abaisser le niveau d’exigences des procédures d'autorisation, mais il faut pouvoir les franchir plus rapidement. Ils plaident en faveur d'une simplification des équipes d'experts chargées des évaluations au niveau européen.
Belplant y voit un rôle clair à jouer pour œuvrer en faveur de délais plus courts, sans pour autant compromettre la qualité scientifique. Il ne s'agit pas de réduire la recherche ou de simplifier les dossiers, mais de mettre en place un système plus efficace qui ne freine pas l'innovation. La communication doit également contribuer à rallier le public, car la méfiance persiste à ce niveau également.
Le Secrétaire général Peter Jaeken résume la situation ainsi : « En matière de protection des cultures, quel que soit le type de produit, cela reste un problème majeur au sein de l'UE. Belplant continue de plaider en faveur d'une harmonisation européenne des moyens de lutte biologique et d'une efficacité accrue dans l'évaluation de tous les produits phytopharmaceutiques. »
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